L'entrée est gratuite, mais vous devrez puiser dans votre Plan d'Epargne Logement pour vous y rendre.
Le Mona - Museum of Old and New Art - est situé à Hobart, en Tasmanie, à la pointe sud-est de l'Australie.
Et arrivés là-bas, vous devrez encore prendre un ferry pour vous rendre à Moorilla, le complexe de luxe qui réunit le musée, pavillons de luxe, vignobles et restaurants, le tout propriété de David Walsh.
David Walsh ? Le nom ne vous est peut-être pas étranger, si vous vous rappelez "
la partie jouée contre le diable" que ce milliardaire a engagé avec Christian Boltanski, en achetant sa vie en viager.
Dans un entretien avec David Sanson, Boltanski explique :
« Un homme très riche vivant en Tasmanie a proposé de travailler avec moi. Il m'a donné une grotte, dans laquelle je vais installer un système de visioconférence constant avec mon atelier : une caméra y sera installée en permanence, et les images seront projetées en direct sur le mur de cette grotte. Les enregistrements seront conservés et à ma mort, toute ma vie sera rassemblée dans cette grotte. On pourra s'y rendre si l'on veut, mais là aussi, c'est un grand voyage... Voilà une légende : "L'homme dont chaque instant de la vie est à l'intérieur d'une grotte en Tasmanie" ».
La grotte, la voici, visible dans les souterrains du Mona.
David Walsh, qui a fait fortune dans différentes activités dont les casinos et les algorythmes de jeu, a donc ouvert son musée, un "anti-Tate", un "unmuseum", un "temple séculaire", ou un "Disneyland subversif pour adultes" pour citer Walsh, ou plus prosaiquement un musée de 75M$ souterrain, de 6000 m2 présentant plus de 2 200 oeuvres depuis les momies égyptiennes jusqu'aux oeuvres d'Anselm Kiefer (dont une pièce issue de Sternenfall / Monumenta achetée 2,5M$), de Damien Hirst, Wim Delvoye, ou l'oeuvre de Stephen Shanabrook, les restes d'un suicide bomber sculptés en chocolat.
Walsh est fasciné par la scatologie, la mort, le sexe, et la responsabilité des individus dans leurs actions quotidiennes, qu'il s'agisse de polluer la planète, de manger de la viande ou plus prosaiquement d'aller aux toilettes.
Ainsi, très concrètement, Walsh présente une oeuvre originale où - le texte est laissé en anglais : "visitors can see exactly how shit happens by watching their sphincters release waste through a four-way mirror system installed by Austrian art collective Gelitin". "We spend too much time hiding from ourselves”, observes Walsh. (tiré du FT.com)
Une oeuvre à mettre en regard de la machine de Wim Delvoye, également présente au Mona, machine qui simule le système digestif humain.
Le bâtiment - oeuvre de l'architecte de Melbourne Nonda Katsalidis - est presque entièrement enterré, son entrée masquée, que les visiteurs ne découvrent qu'après avoir traversé un court de tennis.
Aidé du commissaire Français Jean-Hubert Martin, Walsh espère attirer 200 à 400 000 visiteurs par an, et J.H. Martin souligne que le projet du milliardaire est si radical que le Mona sera regardé de près par la communauté de l'art contemporain dans le monde.
Walsh reconnait que les coûts opérationnels - 8M$ par an - ne seront jamais couverts par le musée, mais plutôt par les recettes du complexe de luxe qui l'entoure, hôtel, restaurants, domaine vinicole, etc.
Pari ambitieux et fou, Walsh commence pourtant a gagner le respect du très traditionnel milieu de l'art mais aussi des artistes eux-mêmes évidemment, il est par exemple en négociation pour que Gregor Schneider installe au Mona une réplique de sa "sculpted room".
Mark Fraser, le directeur du Mona, espère aussi que les riches collectionneurs et amateurs feront le voyage, afin de remplir leur soif d'art et de sensations une fois la morne saison entamée, à la fin d'Art Basel.
Les Gagosian, Pinault, Saatchi et autres devraient pouvoir venir, encore une fois, l'entrée est gratuite.
Le site du Mona :
Museum of Old and new Art
Sources :
The Australian, Temple of David, 19 janvier 2011
Artclair.com, Le milliardaire David Walsh ouvre son "musée subversif" en Tasmanie, 28 janvier 2011
Financial Times, Tasmanian Devilry, 4 février 2011