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    Work of Art, the next great artist

    Bravoworkofart1
     

    (les 14 candidats)

    J’ai donc regardé pour vous « Work of Art », le reality show de la chaîne américaine Bravo qui, après Project Runaway, The Apprentice ou Top Chef, met aux prises 14 artistes qui s’affrontent lors de défis et dont le vainqueur reçoit un chèque de 100 000 $ et un show au Brooklyn Museum.

    J’avais évidemment plutôt un a priori négatif. Un reality show sur l’art ? Un concours ? 14 artistes aux disciplines différentes, de la photo à la peinture abstraite, de l’architecture à la peinture figurative, comment juger et évaluer des œuvres si différentes, comment échapper à cette « quantification de la qualité » dénoncée par Barthes ?

    Le show, tout d’abord, est très distrayant. A l’américaine. A savoir que c’est américain, très américain, dans le montage, les lieux choisis, les plans sur New York, le jury, les stéréotypes.

    L’émission est co-animée par China Chow, actrice et mannequin, dont les parents étaient amis de Keith Haring, Basquiat, Warhol etc. On voit assez mal en quoi le fait d’avoir sauté sur les genoux de Keith Haring lui confère une quelconque légitimité, mais après tout, elle ne fait qu’animer le show, elle est mannequin et ne se mêle pas trop d’art. Elle a été classée 54ème dans le top 100 des femmes les plus hot du magazine « Maxim », bref, c’est toujours plus agréable que Benjamin Castaldi.

    Le « mentor » est Simon de Pury, le médiatique et incontournable président de la maison de vente aux enchères Phillips de Pury & Company, et surnommé par le Guardian le « Mick Jagger des ventes », qui apporte à l’émission sa connaissance du milieu et son accent suisse à couper au couteau.

    Le jury enfin est composé de Jeanne Greenberg Rohatyn (galleriste), Bill Powers (galleriste et editor at large de Purple Mahazine) et Jerry Saltz, du lourd, senior art critic pour New York Magazine.

    Bravoworkofart2

     (Le Jury)

    Les 14 candidats sont tous un peu trop stéréotypés, tant dans leur art que dans leur caractère, entre le jeune chien fou aux troubles obsessionnels compulsifs qui dès 5 ans arrangeait sa nourriture dans son assiette de façon géométrique, à la dame respectable de 61 ans un peu casses-pieds en passant par 2 top models qui nous font comprendre qu’au-delà d’être belles elles sont artistes, celle dont le Whitney a acheté des œuvres lorsqu’elle avait à peine 22 ans, le pauvre gars débarqué de Mars qui n’y connaît rien au milieu de l’art (mais qui a quand même présenté un court-métrage à Cannes), etc.

    Les mini clips de présentation des candidats valent leur pesant de cacahuètes, comme le beau Ryan qui dit « vivre pour créer et créer pour vivre », avec ça c’est sûr que c’est un artiste, Ryan.

    Après les présentations démarre le premier « challenge », les 14 artistes se divisent en paires et chacun doit réaliser un portrait de son collègue – et vice versa – un portrait qui révèle la personnalité du sujet, le tout en moins de 11 heures de temps au sein d’un gigantesque atelier où tout leur est mis à disposition, une sorte de Leroy Merlin géant, mais dans un grand espace downtown quand même.

    Bon là on voit tout de suite que ça commence à déconner sec, et Simon de Pury vient distiller quelques conseils et piques à ceux qui n’ont visiblement pas compris ce qu’était un portrait et qui se lancent dans une abstraction dont on se doute qu’elle va déplaire au jury.

    Les caractères se distinguent, la dame de 61 ans dit à son modèle qu’elle lui fait penser à une « pussy », pas le chat vous l’aurez compris, et la petite d’en face ne le prend pas nécessairement super bien. Elle va un peu se venger dans son propre portrait de la dame en question.

    Certains partent en vrille, d’autres vont au plus simple.

    Photo

    (le gars Erik et son clown sur chevalet)

    Dès le début, je pensais – il ressortira que j’avais tort – que le gars Erik, le bon gars qui débarque dans le milieu sans en connaître les codes, serait éjecté, avec son portrait du gros Mark en clown avec nez rouge, peinture dégoulinante sur une palette posée sur un chevalet, une espèce de sous Place du Terte, en pire.

    Dès le début – là j’avais raison – on se doute que le petit Miles, celui aux TOC, sera un candidat sérieux, utilisant des techniques élaborées, se construisant un petit studio en deux coups de cuillères à pot, et réalisant un portrait de sa collègue en morte dans la veine des photographies cliniques de morts du début du siècle. Sauf que Miles pète une ampoule de son studio à 30 minutes du gong et que là il est mal, il est obligé de revoir sa copie à l'arrache, on croit même qu'il va jeter l'éponge, mais lui aussi il vit pour créer et il créee pour vivre.

    Photo3

    (Miles le vainqueur et sa morte)

    Une autre part plutôt sur un papier-peint, la seconde sur la représentation spatiale de l’esprit du dit Miles, et beaucoup dans des peintures assez classiques aux couleurs chatoyantes.

    On passe heureusement assez peu de temps dans la maison où ils cohabitent tous, on n’est pas non plus dans le Loft, mais quand même, ils sont sympas, ils laissent la seule chambre indépendante à la dame de 61 ans, sans dire que non, ce n’est pas parce qu’elle est un peu plus âgée, mais bon en trafiquant quand même un peu le tirage au sort. De bons gars.

    Vient le temps du jury, après que les 14 œuvres aient été exposées dans une galerie new-yorkaise ouverte au public. 6 candidats sont retenus, on comprend vite qu’il y a là les 3 meilleurs et les 3 pires.

    Le jury n’est pas tendre, on n’est pas loin du « You’re Fired" de Donald Trump, mais faisant in fine des réflexions intéressantes et des choix assez logiques.

    Finalement, le gars du la Place du Tertre reste pour un tour, le grand gagnant est le petit migon aux TOC avec sa photo de morte, et Amanda qui doit partir, celle qui a fait un « très joli papier-peint ». Elle l’a un peu mauvaise, mais bon, elle dit qu’elle va continuer à travailler et que rien ne lui fera renoncer à être une artiste, ça c’est bien quand même.

    Photo2

    (Nao l'insolente et son nuage de points)

    Nao a eu chaud, celle qui a dessiné un nuage de points censé représenter l’esprit de Miles-aux-Toc, elle s’est permise de répondre vertement au jury, et de dire que si le public ne comprend pas son œuvre, bah c’est pas son problème, et qu’un portrait n’est pas nécessairement figuratif, argument que Amanda au papier peint a essayé de faire valoir sans succès.

    Le show dans son ensemble est très distrayant, et bien sûr très efficacement monté, avec des apparitions surprises comme Sarah Jessica Parker – productrice de l’émission – qui vient claquer la bise aux candidats en plein travail.

    L’émission a plutôt été bien reçue au sein de la communauté artistique, et présente tout de même bien des aspects positifs.

    Si on est optimiste, on peut espérer qu’une émission comme celle-ci en prime time contribuera à susciter des débats sur l’art dans les chaumières du Dakota et les lofts de New York.

    La notion de chronomètre et de deadline pour réaliser une œuvre, assez peu commune dans l’art, est à la fois intéressante et biaisée, mais rythme le show.

    Les réflexions du jury, bien que forcément conditionné par le format de l’émission après des succès comme The Apprentice ou Project Runaway, sont pour la plupart censées et légitimes, mais légitimes dans le sens où l’on comprend ce qui peut marcher dans une galerie ou dans une salle de ventes aux enchères plus que ce qui réellement fait une bonne ou une mauvaise œuvre d’art.

    Le marché est ici, ce n’est guère étonnant, le principal critère d’appréciation, comme le montre le photographe sympa en surcharge pondérale qui est cuisinier le jour et artiste la nuit qui, sans développer de talent majeur, sait jouer de Photoshop et développe – aux dires même du jury – un sens commercial porteur qui se retrouve dans son portrait qu’il a effectué.

    Ne boudons pas notre plaisir, le show est hautement distrayant, il permet de pénétrer certains codes du milieu artistique new-yorkais et, une fois encore, suscite des débats sur l'art dont on aurait tort de se priver.

     

    • 15 June 2010
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    over 1 year ago (Facebook) responded:
    La structure que vous décrivez n'est pas sans évoquer "Design for life" avec Philippe Starck, émission britannique dont la récompense était, si je ne me trompe, une boulot dans son agence... Il faut croit que, cuisine, art, design ou mannequinat, on peut décliner le modèle presque à l'infini.
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